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Rencontre avec Dawala : dans l’entrepreneuriat, « le plus dur c’est de rester »

L’équipe Hustle Innovation a rencontré Dawala, fondateur de Wati B, et vous propose ainsi de mieux découvrir l’entrepreneur qui se cache sous cette allure athlétique. Un parcours à la fois inspirant et atypique d’un bosseur qui a quitté son village de Nioro à l’âge de 11 ans pour atterrir en France. Un homme qui a réussi et qui nous raconte sans ambages et en toute humilité ses valeurs, ses réussites et ses souffrances : Portrait

Peux-tu te présenter ainsi que tes activités ? Qui se cache derrière ce nom Dawala ?

Dawala c’est un jeune Franco-Malien qui a grandi à Nioro, un village Malien et qui est arrivé à l’âge de 11 ans à Paris et comme tout jeune Malien de Nioro, j’étais un grand fan du ballon rond,  j’avais des valeurs humaines fortes. Ces valeurs humaines m’ont permis de réussir en production.

Aujourd’hui, la marque Wati B s’est diversifiée car en plus du label de production, Wati B c’est aussi une marque de vêtements, on s’est également lancé dans le sport avec le sponsoring de clubs de foot. On a produit un long-métrage « La Pièce » qui a déjà tourné dans plusieurs grandes salles de cinéma. Enfin, on travaille sur la sortie d’un livre qui retrace mon parcours depuis mon départ de Nioro jusqu’à aujourd’hui.

Comment arrives-tu à gérer toutes ces activités, gérer ton entreprise, manager tes équipes ?

J’ai la chance d’être bien entouré, des personnes qui me connaissent, qui connaissent mes besoins et ce que j’aime, des personnes expérimentées qui savent comment je pense et qui peuvent prendre des décisions à ma place, je délègue et je sais le faire.

Qu’est ce qui t’a poussé à te lancer dans l’aventure entrepreneuriale, quel a été le déclic ?

Le déclic s’est déroulé durant l’année 2000 en voulant soutenir des jeunes de mon quartier qui souhaitaient se lancer dans la musique, le Rap. Lorsqu’ils m’ont parlé de ce projet, j’ai réfléchi à la manière dont je pouvais les aider. Je me suis rendu compte que j’avais un réseau dans le secteur de la musique et que je pouvais faire des mises en relation. C’est à ce moment que je suis tombé dans l’entrepreneuriat, 20 après Wati B a vendu des millions de disques dans le monde entier et là on monte un projet qui valorise la diaspora Malienne : La nuit du Mali avec de grands artistes Maliens come Oumou Sangaré, Sidiki Diabaté,… et pleins d’autres artistes du label Wati B.

Comment se sont passés tes débuts d’entrepreneur ? Quelles difficultés as-tu rencontrées ?

Au début je n’avais pas de finance, comme beaucoup d’entrepreneurs au démarrage,  c’est dur quand tu n’as pas d’argent mais je suis un bosseur.  J’ai accumulé les petits boulots comme livreur, carreleur,… pour pouvoir financer mes débuts, je comptais sur moi-même car je croyais en moi.

Petit à petit, je commençais à produire des artistes mais c’était encore difficile. J’avais également une certaine frustration car je voyais des artistes passer par mon Label, réussir et pourtant mon statut n’évoluait que très peu, je stagnais toujours à la même place. Du coup je me posais des questions : pourquoi ces artistes qui sont passés par mon label de production étaient en réussite et pas moi ? Cette frustration que j’ai eu à l’époque est aujourd’hui, et avec du recul, un réel apprentissage : mon tour aller arriver si je continuais à bosser, si je continuais à apprendre.

Le plus dur dans l’entrepreneuriat ce n’est pas d’arriver, c’est de rester.  Si on prend le monde de la musique par exemple, combien d’artistes sont arrivés puis tombés.  Il faut se fixer des objectifs, arriver c’est bien mais le but c’est de rester.   Et comment fait-on pour rester : il faut être en famille ! C’est à dire avoir des gens qui ont la même vision que toi, ça c’est solide.

Pour certains c’est difficile de comprendre que dans une même équipe, tu peux avoir une personne qui gagne plus que toi notamment dans les moments de réussites, dans la difficulté c’est normal que tu sois celui qui se défonce, qui encaisse les coups  mais dans la réussite c’est plus dur de faire entendre que si je gagne plus d’argent que toi, c’est pour ton bien, pour le bien de notre entreprise, pour que celle-ci dure.

As-tu, durant ton parcours entrepreneurial, dû faire face à des échecs ?

Je ne sais pas si je peux dire que j’ai eu des échecs mais une chose est sûre, j’ai connu la souffrance dans tous les sens du terme quand t’arrive en boubou de Nioro et que tu atterri à l’aéroport Charles De Gaulle  dans le froid, quand tu dois faire des boulots difficiles comme carreleur ou livreur, quand tu dois te réveiller à 6 heures du matin et partir avec la pelle sur les épaules et le sac de ciment dans la main, c’est difficile. Je suis un bosseur, le travail c’est une valeur. J’ai été à l’armée, j’ai joué au foot en national à Noisy-Le-Sec, j’ai énormément appris de ces différents métiers.

Ce qu’il faut retenir c’est que  pour chaque métier que j’ai effectué, j’y mettais du cœur, le travail je le faisais à fond. J’ai fait des jobs que j’aimais et ce n’était plus du travail pour moi, je suis un passionné. Autour de moi, les gens disait : « Dawala, tu bosses trop » c’était peut-être vrai mais je ne m’en rendais pas compte.

Quelles sont les valeurs que tu défends ?

Les valeurs, j’ai appris ça dès tout petit dans mon village de Nioro, quand tu compares tes difficultés avec celle de l’Afrique, tout devient tout de suite plus facile.  Aussi, la -bas, au village le respect de la famille est très  important, tu as le père de famille, la mère, la grand-mère, le grand frère,… les anciens ont l’expérience, ils ont fait des erreurs et ont appris  de ces erreurs, toi en tant que petit jeune tu dois apprendre d’eux et comprendre leurs trajets : c’est une richesse. C’est un peu comme dans l’armée tu as des grades, et tu ne peux pas sauter d’un grade quand tu veux, il faut être patient et apprendre.

Le foot m’a appris à ne pas baisser les bras et à rester souder, je vais te donner un exemple concret que j’ai vécu durant une saison de football où on accumulait les défaites, plus d’une vingtaine de défaites. Personne n’arrivait à comprendre d’où venait ce manque de réussite car on avait de très bons joueurs mais l’équipe n’était pas soudée. Un jour on a décidé de faire une réunion avec l’ensemble des joueurs et le coach m’a dit « Dawala que penses-tu de toutes ces défaites ?» et j’ai répondu qu’on allait jouer la montée ! Tout le monde m’a regardé comme pour dire il fou ce gars ! Pourtant j’ai persisté oui on va jouer la montée ! Mais pour jouer la montée, il faut être collectif, il faut être soudé. Comment peut-on être soudé dans une équipe où à chaque fin de semaine, tout le monde prend son sac et rentre chez lui sans tenir compte des autres. J’ai proposé qu’à la fin de chaque semaine au lieu de rentrée chez soi après l’entrainement, on passerait la soirée ensemble et ainsi apprendre à mieux se connaitre autour d’un plat que chacun amène de chez lui.  Après ça on a accumulé les victoires, ça montre à quel point le sport véhicule de grandes valeurs, ces valeurs qu’on retrouve dans l’entreprenariat car avec la solidarité on arrive à gagner contre les meilleurs. Dans l’entrepreneuriat, c’est pareil je n’ai pas fait de grandes études et pourtant je me retrouve à la place de personnes qui auraient pu faire des bac+5 ou autre. L’union fait la force, le fait d’être soudé t’amène plus haut.

Qui sont tes exemples de réussites, des personnes inspirantes pour toi ?

Mon père et ma mère sont des exemples pour moi. Mon père a fait partie des premiers migrants Maliens en France. Arrivé en France, il a toute de suite pensé à soutenir ses frères, il les a aidé à s’installer en France et à y vivre.  Sa porte était toujours ouverte et il a réglé les problèmes de tout le monde même avant de régler ses propres problèmes. Ma mère était entrepreneure, elle vendait des produits sur les marchés et  la voir se battre pour réussir cela m’a beaucoup aidé

On parle souvent d’échecs, de chômage, de difficultés quand on parle des quartiers populaires, toi qui a grandi dans un quartier, qu’est-ce que cela t’a apporté ?

J’ai grandi dans un quartier populaire du 19ième  arrondissement de Paris, j’ai connu les difficultés mais pour réussir, il faut bosser, le travail ça paye aujourd’hui c’est moi demain ce sera toi.  La vie c’est une course de fond, ce n’est jamais fini. Il ne faut sous-estimer personne car la roue tourne. La chance ça se provoque moi j’ai pas attendu qu’on me donne pour réaliser mes projets. J’avais des rêves, les gens me disait « t’es fou ».

Je suis une personne qui donne beaucoup, je n’aime pas blesser les gens. Un jour j’ai eu un déclic, une personne en qui j’avais confiance m’a trahit, dès lors je me suis dit je dois y aller sans rien attendre des autres, et c’est à ce moment-là que tout a fonctionné pour moi. On est des humains, tout le monde fait des erreurs. Les parcours changent, les gens changent, tu dois faire les bons choix, t’entourer des bonnes personnes.

Comment utilises-tu les outils digitaux pour faire avancer tes projets ?

Le digital c’est incontournable, si je prends l’organisation de la nuit du Mali, on a fait venir des artistes ainsi que les joueurs de foot Maliens et on a enregistré  des vidéos qu’on a fait tourner sur les réseaux sociaux, sur internet. C’est un moyen de communication énorme

C’est quoi la réussite pour toi ?

La réussite c’est être capable de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, les nourrir, les loger.

La réussite n’est pas nécessairement individuelle, gagner de l’argent, penser qu’a soi-même. Ça peut paraître banal de dire ça mais on pas grandi avec des cuillères en or dans la bouche. Comme dit souvent un ami à moi, on a grandi sans goûter (rire).

Si tu as trois conseils à donner aux porteurs de projet ? Quels seraient-ils ?

  1. Croire en ses rêves
  2. Inspire-toi de ceux qui ont réussi dans ton domaine, essaye de te rapprocher d’eux, et d’apprendre d’eux, c’est une richesse.
  3. Le respect : chaque étage que tu montes, doit se faire avec respect et humilité, dire bonjour !

Si tu devais résumer ton parcours entrepreneurial en une phrase quelle serait-elle ?

C’est compliqué, ce n’est pas facile d’être un boss mais ça vaut le coup !

« La Nuit du Mali le prochain gros événement de Wati B »

Quels sont les gros projets qui arrivent pour Wati B ?

Le gros projet qui arrive pour Wati B c’est La Nuit Du Mali car en France, on a peu ou pas de gros événements ou la diaspora Malienne peut se réunir et fêter toute la culture, toute la richesse malienne. On va voir durant cette nuit une grande diversité, c’est un mélange.

C’est aussi l’occasion de créer des synergies,  en tant que producteur et sportif  la nuit du Mali est pour moi l’une de plus belles choses que j’ai réalisé. J’essaye d’ouvrir des portes entre la France et le Mali

Quelle est l’ambition de Wati B ?

Wati B a pour ambition de rester le plus longtemps possible, on fera une tournée africaine pour les vingt ans du Wati B. Wati B permet aux artistes d’évoluer.

Un dernier mot ?

Rendez-vous le 23 septembre à Bercy pour la nuit du Mali et bientôt la sortie du livre qui retrace mon parcours. Je souhaite à mon club de foot de Niamakoro (Mali) toute la réussite possible, beaucoup de succès aux artistes actuels de Wati B  et aux nouveaux qui arriveront.

La vie c’est un combat, on essaye, on avance, on regarde devant.

 

L’équipe Hustle Innovation

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